Plaisir coupable #02 – Le Justicier de New-York (1985)

Expliquer à d’autres pourquoi est-ce que l’on aime un film. Plutôt simple !
Expliquer à d’autres pourquoi est-ce que l’on déteste un film. Peut-être encore plus simple !
Savoir le film affreux, mais quand même essayer d’expliquer à d’autres pourquoi est-ce qu’on l’adore. Là, ça se complique un peu plus.

Bienvenue dans Plaisir Coupable, la chronique où je vous parle de films nuls qui ont tout mon amour. Amour que je vais essayer de justifier. Et pour ce second numéro, nous remontons dans le temps. Plus précisément dans l’année qui est le passé pour nous, mais qui était le présent dans le premier Retour vers le Futur, à savoir 1985. Remarque, le futur de Retour vers le Futur II était en 2015, ce qui est le passé pour nous … Maintenant que je l’écris comme ça, penser mes années en fonction de l’action dans la saga Retour vers le Futur n’est peut-être pas la plus maline des façons de faire …

En 39 après Sylvester Stallone ? Non, me connaissant je vais essayer de mettre les initiales et dire en 39 après SS, ce qui est quand même historiquement assez tendancieux … Bref ! Parlons plutôt du 3ème opus de la saga Un Justicier dans la Ville : Le Justicier de New-York ! Première fois que je parle de Charles Bronson sur le site ! Je suis rempli d’émotions contradictoires et de passion étrange pour cet amas de pilosité faciale qu’est la moustache de l’acteur.

 


Le Contexte

Le Justicier de New-York est un film d’action américain réalisé par Michael Winner sorti le 1er novembre 1985 aux États-Unis et le 5 mars 1986 dans nos salles sombres françaises. Il s’agit du troisième opus de la saga du Justicier, qui a démarré en 1974 avec Un Justicier dans la Ville avant de se terminer en 1994 avec le cinquième épisode intitulé Le Justicier : L’Ultime Combat. La saga est cependant revenue dans les mémoires très récemment avec la sortie du remake du premier film Death Wish, réalisé par Eli Roth, un réalisateur dont je ne comprends pas la popularité pour être tout à fait franc avec vous.

Avant ça, Michael Winner n’était pas étranger à la saga puisqu’il était déjà le réalisateur des deux premiers opus. Et c’est un réalisateur qui est habitué à travailler avec Charles Bronson puisqu’il l’a aussi dirigé dans The Mechanic. Il s’agit d’un réalisateur anglais qui s’est retrouvé en Amérique. Après le succès du premier opus, il a voulu s’attaquer à de nouveaux genres. Malheureusement, le succès au box-office n’était jamais au rendez-vous et étant dans le besoin de renouer avec les films à succès, il finira par accepter la réalisation du deuxième film. Finalement, il se retrouvera lié à la boîte de production Cannon.

Ahhhh … Cannon … Mon coeur se remplit d’amour quand je pense à cette boîte de production. C’est très simple : quasiment tous les films d’action de séries B et autres nanars du genre des années 80 viennent de cette boîte de production. Hyper patriotiques et peu axés sur la subtilité, ces films ont donné le statut de superstars à quelques acteurs. On peut penser à Chuck Norris par exemple, qui ne serait pas aussi iconique qu’il ne l’est aujourd’hui s’il n’était pas passé par la case Cannon.

 

DELTA FORCE !!!
F*** YEAH AMERICA !!!

 

Si vous n’avez jamais vu un film des années 80 mais que vous voyez sur l’affiche du film la boîte de production Cannon, vous savez dans quoi vous vous embarquez : le film de série B pur jus. Cette affiche de Delta Force résume bien l’esprit Cannon. Tout comme l’affiche du Justicier de New-York d’ailleurs. Il nous faut quelqu’un avec un gun et un air bien sérieux qui indique que le coup de tatane n’est pas loin.

C’est un style qu’il faut aimer, j’en conviens. Mais cette boîte de production est une excellente source pour le thème de cette chronique : le plaisir coupable. Je pouvais choisir à peu près n’importe quel film produit par Cannon pour cette chronique en particulier mais j’ai choisi spécifiquement Le Justicier de New-York pour plusieurs raisons. Raisons sur lesquelles je reviendrais un peu plus tard. Pour le moment, revenons sur un dernier membre de l’équipe derrière la caméra. A savoir le scénariste !

Nous ne parlons pas assez souvent de ce métier injustement boudé la plupart du temps. Mais ici, le scénariste lui-même boude son travail. Il s’appelle Don Jakoby mais lors du générique, vous ne verrez jamais son nom affiché puisqu’il s’est fait appeler Michael Edmonds pour ne pas avoir Le Justicier de New-York affiché sur son CV. Merci à l’époque d’internet et à IMDB pour ressortir les squelettes honteux de nos placards.

 

Aller, je suis optimiste : il a très bien fait de cacher ce petit secret de sa carrière et il s’en est très bien sorti ensuite !
*remarque qu’il a écrit Double Team*
Hmmm …
*remarque qu’il a écrit Vampires*
Hmmmmmmmmm …. Ouais non finalement.
Il pouvait laisser Le Justicier de New-York sans honte.

 

Mais arrêtons de parler des vermines derrière la caméra ! Ils ne comptent pas, seul les stars comptent ! Ce sont eux les visages que les gens retiennent ! Et quel visage mes amis, Charles Bronson ! Avec en bonus l’un de mes sketchs préférés des Simpson.

 

 

 

En 1921, un jeune bébé à la moustache déjà présente et prononcée du nom de Charles Bronson arrive sur notre belle planète bleue. Comme vous l’aurez compris grâce au prisme complexe de ce qu’on appelle communément une soustraction, ce dernier a 64 ans lorsque le tournage du film se fait. Nous nous plaignons souvent de nos stars un peu plus actuelles qui continuent à faire de la résistance, comme Sylvester Stallone ou Liam Neeson (même si il a enfin décidé d’arrêter les films d’action !). Mais ce n’est pas un problème récent. Il en aura 66 lorsqu’il sera dans Le Justicier braque les dealers et 73 dans Le Justicier : L’ultime combat.

Je ne vais pas critiquer les personnes du troisième âge mais le sujet du film est quand même le héros qui se met à tuer des gangs par packs de 12 sans grande difficulté et cela amène quand même de sacrés problèmes de crédibilité.

Vous l’avez compris, sans même avoir vu le film, il est possible de savoir dans quel type de film on s’embarque avec Le Justicier de New-York. Un film qui ignore l’existence du mot « finesse » et qui ne lésine pas sur l’utilisation de la tatane sur la jeunesse pour leur inculquer les bonnes valeurs républicaines des États-Unis of fu**ing America !


Pourquoi est-ce considéré comme nul ?

Un petit point qui peut sembler anecdotique mais qui représente bien l’état d’esprit du film selon moi. Dans Un Justicier dans la Ville, l’écart d’âge entre Charles Bronson et l’actrice principale incarnant son intérêt romantique est de 12 ans. Dans Un Justicier dans la Ville 2 ? 15 ans d’écart. A partir du troisième opus, on arrive dans un tout autre niveau. Dans ce film ? 32 ans d’écart. Même écart pour l’opus suivant avant le beau record de 33 ans dans le cinquième opus.

Il s’agit simplement d’un opus stupide dans une saga qui n’aurait jamais dû être une saga en premier lieu. La saga du justicier souffre de ce que j’appelle communément le syndrome des Dents de la Mer. Vu l’histoire du premier film, il ne devrait pas y avoir de suite. Mais l’argent et l’esprit d’Hollywood continua de traire la vache à lait Paul Kersey pendant plus d’années que de raison. Le deuxième est déjà bien inférieur mais il reste encore regardable. A partir de celui-ci, nous sommes entrés dans la blague de mauvais goût.

Charles Bronson n’en a clairement rien à battre et fait ça pour encaisser ses chèques provenant de la Cannon. L’histoire est un prétexte pour avoir Charles Bronson qui mitraille des gens pendant 1h30. C’est simple : ils ont inventé un nouveau personnage, à savoir un ami proche de Paul, pour qu’il meurt immédiatement afin d’enclencher l’envie de revanche de Paul qui sent la justice et les valeurs américaines lui remonter dans le cervelet. Il va ensuite commencer une relation « romantique » (notez les guillemets, étant donné qu’il n’y a pas une trace d’alchimie entre les deux personnages) avec une femme qui va aussi se faire tuer, finalisant l’envie de vengeance du justicier dans le troisième acte.

 


Mais pourquoi est-ce glorieux du coup ?

Vous voyez ce merveilleux gif de Charles Bronson qui explose un mec au lance-roquette ? Ce n’est même pas dans cet opus de la saga qu’il le fait ! Mais il explose un autre gars au lance-roquette dans celui-ci aussi !

Le troisième acte du film dont je parlais un paragraphe plus haut ? Tout simplement un festival de glorieuse stupidité. Pendant les deux premiers tiers, nous voyons le voisinage (surtout composé de vieux) qui subit un peu cette situation avec tout le quartier qui semble être clairement une zone de non-droit. Mais alors quand monsieur Paul Kersey se sort enfin les doigts du fondement à rafales de sulfateuses dans la tronche de la jeunesse délinquante, tout le voisinage retrouve une seconde jeunesse.

On se retrouve alors avec une séquence absolument géniale où tous les voisins sortent des flingues d’on ne sait où et se mettent aussi à dézinguer à tout va. Nous avons même des scènes qui donnent cette impression de voir des séquences de Maman, j’ai raté l’avion si jamais tous les pièges étaient sans la moindre inventivité et à base de flingues. Et à la fin, quand on a bien eu des dizaines et des dizaines de morts, Paul s’en va tranquillement. Le voisinage est aux anges et applaudissent le résultat. La police laisse partir Paul parce qu’il a quand même fait un sacré bon boulot de justicier (le meurtre n’est pas une raison valable d’arrêter quelqu’un dans cet univers) et générique.

 

Fin « Chuck Norris Approved »

 

Au-delà de l’évidence même du plaisir coupable que provoque le troisième acte du film, il y a deux raisons pour lesquelles je met ce film sur une estrade si particulière à mon coeur. Et c’est là qu’on entre dans la partie un peu plus sérieuse de la chronique (comme pour la fois où je causais du 11 septembre dans la chronique sur Lara Croft: Tomb Raider, lisez la si ce n’est pas fait, voici le lien).

La première raison est dans la continuité de ce que j’essayais de dire dans ma première chronique (oh mon dieu, à croire que j’essaye de faire les choses correctement et qu’il y a une espèce de continuité logique !). Pour ceux qui n’ont pas envie de la lire, tout d’abord je ne peux que vous comprendre, et ensuite voici un résumé : j’y dis que « les films sont de parfaits témoins d’un courant de pensée d’un certain pays à une certaine période. » (l’auto-citation, l’équivalent le plus proche de la masturbation). Pour moi, Le Justicier de New-York est un parfait témoin de l’Amérique sous la présidence de Ronald Reagan.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Ronald Reagan était le 40ème président des États-Unis. Il fut président pendant 8 ans, de 1981 à 1989. Il avait la particularité d’avoir été acteur avant d’entrer dans la politique. Un Schwarzi avant Schwarzi si vous préférez. Et ce dernier était un bon gros républicain des familles. Il est surtout connu pour sa politique dure et autoritaire, avec notamment une guerre contre la drogue (qui était en fait une façon déguisée de s’attaquer en fait à la jeunesse pauvre et afro-américaine mais bref passons !). Bref, c’était un bon ricain avec les valeurs bien ricaines. Et on le ressent parfaitement avec Le Justicier de New-York. Les jeunes y sont quasiment tous des délinquants et l’homme aux vraies valeurs vient leur remettre les idées en place à coup de tatanes. Avec Le Justicier braque les dealers où Paul Kersey s’attaque également au problème de la drogue, cela ajoute cette impression de voir un film qui essaye de défendre les « valeurs » de l’époque selon le gouvernement américain.

Il s’agissait d’une période d’or pour Cannon donc nous avons beaucoup de films qui sont similaires sur ce point. Du coup, pourquoi avoir choisi spécifiquement Le Justicier de New-York et pas un autre film Cannon ? Pour la seconde raison pardi !

 

Cette image n’a aucun rapport avec la chronique, mais ça vient du film Bronson et il s’agit d’une des meilleures interprétations de Tom Hardy.
Et il a une moustache OH MON DIEU TOUT EST LIÉ ! (non)

 

La seconde raison est complètement différente. Oublions la politique et concentrons-nous sur un point : les origines de la saga. Death Wish est un roman écrit par Brian Garfield, sorti en 1972. C’est de ce roman qu’est né le premier opus Un Justicier dans la Ville. Même si le film reprend les grandes lignes de l’histoire du roman, une différence fondamentale se fait sentir : Brian Garfield n’essaye jamais dans son roman de rendre son héros exemplaire. Paul Kersey (Paul Benjamin dans le livre) n’est pas du tout un héros qu’il faut apprécier. La vie de « justicier » est exactement ce que le film critique. Si Un Justicier dans la Ville ne respecte pas l’esprit du roman original, alors je peux vous l’assurer : Le Justicier de New-York ne respecte non seulement pas l’esprit du roman, mais lui fait clairement un doigt d’honneur frontal.

Je ne dis pas qu’il ne faut jamais aller à l’encontre total du livre qu’on adapte. La preuve en est : Starship Troopers le film ne pourrait pas être plus éloigné du message du roman d’origine, tout en restant un film absolument fantastique que je ne peux que conseiller. Sérieusement si vous n’avez pas vu Starship Troopers, arrêtez tout de suite ce que vous faites (cela inclut la lecture de cette chronique du coup) et regardez Starship Troopers parce que ce film est magique. Mais Starship Troopers a quelque chose à dire. Le Justicier de New-York n’a en plus rien à dire. Il s’agit de l’une des pires adaptations d’une oeuvre originale sur un autre support.

Alors aujourd’hui quand je lis des choses comme « Oh c’est nul dans le film ils ont oublié d’inclure ce personnage secondaire qui blablabla », forcément cela prête à sourire. Le Justicier de New-York est une insulte totale à l’oeuvre de base. Et du coup c’est hyper intéressant à analyser, car on voit une oeuvre complètement distordue et vidée de tout son message. On peut prendre un livre et raconter l’exact inverse ou faire les choses totalement à l’opposée de l’esprit de ce livre. Il est possible de le faire d’une bonne manière, comme Starship Troopers. Ou on peut le faire d’une manière complètement foireuse, comme Un Justicier dans la Ville, encore plus exacerbé dans Le Justicier de New-York.

Anecdote d’ailleurs : Brian Garfield était tellement furieux contre le film (le premier opus) qu’il a écrit une suite intitulée Death Sentence. Titre repris par James Wan dans un film en 2007 que je vous conseille énormément. Death Sentence c’est vraiment super avec un Kevin Bacon qui assure comme une bête !

Le Justicier de New-York est un plaisir coupable pour ce troisième acte complètement surréaliste de glorieuse débilité. Voir Charles Bronson et une armée de papis et mamies éclater du djeun’s pour leur inculquer le respect a quelque chose de jouissif étrangement. Mais au delà de ça, il y a un vrai intérêt historique qui passe par le prisme de ce film débile ainsi qu’une vraie façon de voir comment ne pas adapter un roman. Et c’est un parfait film à regarder entre amis pour rire de bon coeur, à ranger sans honte dans la catégorie « tellement nul qu’il en est bon ! ».

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