Plaisir coupable #01 – Lara Croft : Tomb Raider (2001)

Expliquer à d’autres pourquoi est-ce que l’on aime un film. Plutôt simple !
Expliquer à d’autres pourquoi est-ce que l’on déteste un film. Peut-être encore plus simple !
Savoir le film affreux, mais quand même essayer d’expliquer à d’autres pourquoi est-ce qu’on l’adore. Là, ça se complique un peu plus.

Bienvenue dans le premier numéro d’une nouvelle chronique sur le site : Plaisir Coupable. Derrière ce nom ressemblant au titre improbable d’un téléfilm érotique sur lequel nous tombons par « le plus grand des hasards » en troisième partie de soirée sur une chaîne de la TNT se cache deux volontés personnelles.

La première est égoïste puisque je cherche simplement à diversifier le contenu que je propose. Je ne dis pas que je n’aime pas faire des critiques de films, loin de là ! Mais disons que parfois j’aimerais aller au-delà de la simple critique. Cette chronique est donc l’occasion parfaite pour parler autrement de films dont je ne pourrais pas parler par le prisme des critiques.

La deuxième l’est moins. Nous sommes dans une ère où l’internet nous donne des torrents et torrents d’informations sur le cinéma et les dernières sorties. Les bandes-annonces sont disséquées et analysées. Mais surtout les notes sont souvent le sujet de nombreuses discussions. J’aimerais donc à travers ces chroniques revenir sur des films qui ne sont pas les mieux notés et essayer de montrer que même ces films ont un intérêt. Est-ce qu’ils sont bons ? La plupart du temps, non. Je ne vais pas vous prendre un film catastrophique et simplement vous dire que les critiques sont passées à côté et ne savent pas de quoi ils parlent. Je ne suis pas un défenseur du DC Extended Universe voyons ! Oui je sais, c’est un peu tirer sur l’ambulance à ce niveau.

Bienvenue dans Plaisir Coupable, la chronique qui vous parle de films nuls qui ont tout mon amour que je vais essayer de justifier. Et pour ce premier numéro, nous revenons en 2001 pour que je vous parle d’une adaptation de jeux vidéos. Le film est revenu dans les conversations suite à un reboot sorti très récemment. Je parle bien sûr de Lara Croft : Tomb Raider.

 


Le Contexte

Lara Croft : Tomb Raider est un film d’action américano-britannico-germano-japonais réalisé par Simon West. Il est sorti le 15 juin 2001 aux Etats-Unis et le 27 juin en France. Il s’agit bien évidemment d’une adaptation tirée de la célèbre saga de jeux vidéos Tomb Raider. La saga comptait d’ailleurs déjà 5 opus au moment où le film sortait.

Avant ce film, Simon West avait réalisé deux films : Les Ailes de l’Enfer en 1997 et Le Déshonneur d’Elizabeth Campbell deux ans plus tard. Si le second est un film avec John Travolta sans grand intérêt, le premier est un film d’action devenu culte pour beaucoup de par son côté divertissant et sa glorieuse stupidité. Même si pour tout vous dire, la chose la plus glorieuse dans ce film est clairement la chevelure de Nicolas Cage.

 

Regardez moi cette tignasse généreuse, mise en valeur par un vent agréable.
Comment cette scène ne peut pas être une pub L’Oréal ?
Inconcevable, nous sommes d’accord.

 

Lara Croft : Tomb Raider est écrit par le duo de scénaristes Mike Werb et Michael Colleary, qui ont déjà travaillé ensemble sur Darkman 3 en 1996 et sur un autre film mettant en scène John Travolta et Nicolas Cage, qui décidément sont partout dans cette partie de la chronique, en 1997 : Volte-face. Le cultissime Volte-face.

 

Ce qu’il n’a pas en glorieuse chevelure,
il l’a en glorieuse quantité de cocaïne consommée.

 

Au niveau du casting, nous avons bien entendu Angelina Jolie en tête d’affiche, mais aussi des acteurs comme Daniel Craig ou Iain Glen. Avant d’être le plus célèbre des espions James Bond depuis Casino Royale et le chevalier BonCopainMaisPasPlus dans Game of Thrones et donc avant Lara Croft : Tomb Raider, les deux avaient déjà une dizaine de rôles au cinéma à leur actif, sans pourtant être vraiment des visages connus du grand public.

Pour Angelina Jolie, c’est une toute autre histoire puisqu’elle était en pleine explosion en terme de popularité. La fille de Jon Voight (qui joue d’ailleurs son père dans le film, ce qui est un clin d’oeil plutôt sympathique) sortait en effet de 3 succès : Bone Collector et Une Vie Volée en 1999, puis en 2000 avec 60 secondes chrono où elle joue aux côtés de … sans déconner encore Nicolas Cage ?! Je t’adore mon Nico mais tu commences à être un poil envahissant !

 

Merci et sans rancune !

 

Avec cette équipe derrière la caméra et des acteurs en montée populaire, nous pouvons tout de suite voir à quel film s’attendre. De haute qualité ? Certainement pas. Mais ils allaient certainement tout tenter pour qu’on en ait pour notre argent en terme de divertissement.


Pourquoi est-ce considéré comme nul ?

Ne nous mentons pas, il n’y a objectivement pas grand chose qui marche dans Lara Croft : Tomb Raider. Nous avons vu bien pire, encore aujourd’hui. Ce n’est pas une question d’âge dans les effets spéciaux ou quelque chose du même ordre.

L’histoire est catastrophique de bêtise. Même si une personne vivait dans une grotte pendant des années ou dans la cave de son oncle en secret pendant des années de maltraitance avant d’être retrouvée et qu’elle n’avait pas la moindre connaissance de la saga de jeux Tomb Raider, elle comprendrait tout de suite qu’il s’agit d’une adaptation de jeux vidéos.

Nous avons une première scène d’action qui sert d’entraînement pour le personnage. Nous avons ensuite le niveau du manoir, le niveau du vieux temple puis le niveau final. Nous avons des méchants et même des semi-boss avant de finir sur le grand méchant, incarné par Iain Glen. Entre son rôle ici et celui dans la saga Resident Evil, le pauvre a vraiment une carrière cinéma décevante. Merci à Game of Thrones d’exister pour sa carrière !

 

Image rare de Iain Glen dans un monde parallèle où Game of Thrones n’existe pas,
demandant un peu de monnaie, un ticket restaurant ou un rôle secondaire
dans un film de seconde zone avec beaucoup d’intensité.

Image rare de Iain Glen quand on lui demande pourquoi avoir accepté un rôle dans
Resident Evil : Chapitre final et qu’il doit répondre autre chose que
« bah l’argent mon con ! »

 

Les personnages sont des clichés ambulants sans le moindre arc narratif. Le maximum que je puisse donner en arc est pour celui de Lara qui accepte de porter une robe en toute fin de film au lieu de ses tenues habituelles. QUEL CHANGEMENT.

Le fait d’être une adaptation de jeux vidéos ne devrait en aucun cas être une excuse quant aux efforts à fournir pour rendre un film intéressant. Ou à défaut d’être intéressant, qu’il puisse au moins se démarquer un peu.

Sur la forme, le film est compétent mais il n’y a rien à signaler d’intéressant pour autant. Entre des thèmes musicaux sans intérêt (au contraire d’une bande-son qui est déjà plus digne d’intérêt et sera parfaite pour toute soirée entre adolescents … si ils vivent en 2002) et une réalisation classique et donc peu intéressante, difficile de féliciter les gens derrière la caméra.

Devant la caméra, c’est un peu la même rengaine. Hormis Angelina Jolie, le reste du casting ne fait que de la figuration. Ils ne jouent pas de manière horrible, mais qui se rappelle d’un personnage du film et s’est dit « wahou, solide la prestation ! »

 

« Excellente prestation de haute volée !
Bien joué monsieur… euh … Comment il s’appelle le mec qui joue majordome ?

*recherche sur internet* Chris Barrie ! … La vache il était dans Red Dwarf  ?! »
– Personne


Mais pourquoi est-ce glorieux du coup ?

Si la stupidité était de la peinture, Simon West nous aurait offert Mona Lisa avec Lara Croft : Tomb Raider.

Depuis mon adolescence, je définis ce film comme « tellement con, mais tellement bon ». Angelina Jolie est tellement à 150% dans son rôle de badass qu’elle porte aisément ce film sur ses épaules. Film qui nous offre des scènes d’action sans la moindre trace de matière grise mais avec une envie folle de nous injecter de la testostérone à travers la rétine. On commence littéralement le film avec Angelina Jolie qui affronte un robot juste pour le fun bon sang ! Le même film où elle affronte une statue géante à 4 visages dans un vieux temple !

Je ne parlerais pas de sa suite parce que Lara Croft : Tomb Raider, le berceau de la vie est non seulement un titre trop long, mais aussi un film bien moins intéressant. Il n’empêche que dans ce film elle met un pain à un requin pour ensuite s’en servir pour que le requin l’amène vers la surface ! J’adore le fait que cette phrase ne soit pas une fraction de mon cerveau malade mais une description objective d’une scène !

Je vous ai parlé de la robe à la toute fin du film ? Regarde moi LA scène de toute fin. Avec en fond musical Where’s your head at de Basement Jaxx pour les plus curieux (j’aime beaucoup cette chanson personnellement). On a un robot qui se balade comme ça dans un manoir, qu’est-ce que vous voulez de plus ?

 

 

Le dernier film Tomb Raider sorti récemment se veut plus sérieux, mais n’est au final que plus ennuyeux que cette première incarnation de l’héroïne. Dopée à l’adrénaline et incapable de nous faire travailler les méninges pour un sou, certes, mais diablement plus divertissant.

Mais au-delà du pur divertissement qu’il produit, j’aimerais aller un peu plus loin dans ma défense pour Lara Croft : Tomb Raider. On pourra penser que je vais un peu trop loin, et pour être tout à fait franc avec vous, c’est peut-être le cas. Mais suivez moi tout de même dans ma logique. C’est la partie un peu plus sérieuse de la chronique maintenant.

 

Le salaud ! Il essaye maintenant de dire un truc sérieux alors qu’il fout
des gifs de Nicolas Cage depuis le début ! AU BÛCHER !

 

On peut parfois entendre ou lire que « tout film est politique ». Je paraphrase sans donner une source particulière car c’est un thème récurrent de la part de beaucoup de cinéastes. Loin de moi l’envie de m’attaquer à toutes ces personnes en gueulant simplement qu’ils ont tort ou en leur envoyant des messages privés haineux sur leur compte Twitter. Il ne faut pas avoir beaucoup de neurones pour faire ça après tout. Cependant, je vais avoir l’outrecuidance d’apporter un poil de précision dans cette idée. Pour moi, tout film n’est pas forcément politique. Mais tout film est représentatif d’une politique. Les films sont de parfaits témoins d’un courant de pensée d’un certain pays à une certaine période.

Mais quel rapport avec Lara Croft : Tomb Raider ? C’est là que je vais vous demander de vous accrocher un peu plus. Retournez en début d’article et lisez la date de sortie avant de revenir vers moi. C’est bon ? Très bien. Juin 2001. Certain(e)s d’entre vous sont peut-être trop jeunes pour avoir vu ces événements en direct mais à peine quelques mois plus tard nous avions les fameux événements terroristes du 11 septembre. Un événement qui a profondément marqué les États-Unis dans tous les domaines. Et la culture en fait clairement partie.

Pour moi, Lara Croft : Tomb Raider est la parfaite représentation du cinéma américain d’action pré-11 septembre. Pendant les années suivantes, la face du cinéma d’action américain a changée pour gagner en sérieux même si nous avons toujours nos quelques films débiles ici et là. Mais étrangement, le côté hyper divertissant et sans prétention du film lui donne une légèreté dans le ton qui symbolise vraiment bien cette époque selon moi.

 

What the fuck …

 

Je vous rassure, je suis pleinement conscient que mon propos est capillotracté. Et à l’époque, mon moi adolescent qui regardait le film passait plus de temps à se rendre compte qu’il était justement en période d’adolescence quand il regardait encore et encore cette scène où Angelina Jolie prend sa douche. C’est une interprétation qui m’est propre et que j’ajoute au film, sans prétendre une seconde que c’est réellement ce que le film offre.

Je dis juste que Lara Croft : Tomb Raider n’est pas uniquement un film d’action sans cervelle et sans intérêt. Sans cervelle, ça oui, mais pas sans intérêt. Et au delà de ma propre vision du film en tant que parfait témoin du cinéma d’action américain pré-11 septembre, ça reste un film foutrement divertissant et qui élève la débilité bonne enfant à l’état d’art. Et puis dans le deux elle met un pain à un requin quand même. Il est moins bien que ce film, mais il a ça pour lui.

Lara Croft : Tomb Raider est un sacré plaisir coupable pour moi. Et j’espère avec ces chroniques vous donner envie de voir ou de revoir ces films en l’apparence catastrophiques, mais qui ont un charme qui les rend si fascinants.


– Hey Greil !
– Oui ?
– C’est quoi le prochain film dont tu voudrais parler ?
Un Justicier dans la ville.
– Mais il n’est pas mauvais du tout, en quoi c’est un plaisir coupable ?
– Ah oui non pardon, je voulais dire Un Justicier dans la ville 3 : Le Justicier à New-York !
– …
– Quoi ?
– Non rien, je me disais juste qu’il fallait que j’arrête de parler aux cinglés.

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