Critique : Dunkerque

Christopher Nolan a réussi en quelques films à devenir un réalisateur incontournable. Que cela soit auprès des critiques ou auprès du public, chaque sortie de l’un de ses films est un événement. Peu de réalisateurs ont cette capacité et c’est toujours intéressant de voir ça.

Si je dis ça, c’est parce que j’étais à l’avant-première de Dunkerque au Grand Rex avec Christopher Nolan qui était présent et ce dernier était accueilli comme une rockstar. C’était vraiment impressionnant, mais surtout appréciable car cela n’arrive normalement qu’aux acteurs.

Il revient donc après l’énorme succès que fut Interstellar (que j’avais aimé sans plus pour être transparent avec vous) pour un film très différent puisque nous entrons dans la très joyeuse époque de la seconde guerre mondiale avec un film centré sur une partie pas forcément connue de tous. Voici donc la vision de Christopher Nolan sur la bataille de Dunkerque avec son dernier long-métrage, sobrement intitulé Dunkerque.

C’est donc parti pour la critique de Dunkerque, bonne lecture à tous !

 

 

Dunkerque est un donc le dernier film de Christopher Nolan, qui sort le 19 juillet 2017 dans nos salles françaises et le 21 juillet chez les américains. Il raconte l’histoire de l’opération Dynamo organisée pour sauver environ 400 000 soldats qui se retrouvent à découvert sur la plage de Dunkerque, attendant l’arrivée de bateaux pour rentrer en Angleterre.

Avant d’entamer la critique, il faut que je vous donne un peu d’envers du décor sur ma séance de cinéma. Non pas parce que j’ai envie de me la péter et de montrer que je vaux mieux que vous, mais parce que c’est important pour mon ressenti sur le film. Je l’ai donc vu à l’avant-première au Grand Rex en compagnie du réalisateur. Bon, les sièges étaient confortables, les macarons et le champagne faisaient vraiment plaisir aussi … Mais ce n’est pas ce point qui compte ! Ce qui compte, ce sont les conditions pour le film en lui-même. La séance était en effet non seulement en imax, mais nous avions également eu un traitement spécial avec un projecteur 70mm. Bref, j’ai vu le film dans les meilleures conditions possibles au niveau de la qualité de son et d’image.

Si je vous dis tout ça, c’est parce que Dunkerque est avant tout une expérience visuelle et sonore. Plus qu’un film. Ce qui est exactement la raison pour laquelle Dunkerque est un bon gros point d’interrogation pour moi. J’aime Dunkerque au niveau de la forme et j’aime Dunkerque, la reconstitution. Mais le côté « film » ? C’est un beau non malheureusement.

Je suis ressorti assez frustré de ma séance pour tout vous dire. Je ne savais pas quoi en penser, la personne avec qui j’étais ne savait pas quoi en penser non plus donc le retour en voiture était simplement un enchainement de questions sur des tonnes de points du film. Avec les habituelles conversations sur le sens de la vie et quel acteur incarnant Spider-Man nous voudrions épouser / baiser / tuer. Moi c’est Andrew Garfield. Je coucherais avec Tobey Maguire et je tuerais Tom Holland car je ne suis pas pédophile. Du moins pas officiellement sur le net. Pas la journée en tout cas … Quoi ?

 

Et tandis que la salle commençait à se remplir du liquide provenant d’entrejambes pré-pubères ayant compris qu’il s’agissait d’Harry Styles du groupe One Direction, je me demandais où est-ce que nous en étions arrivés en tant qu’espèce humaine. Et si mes chaussures prendraient l’eau ou non.

 

Dunkerque est une claque au niveau de la photographie et en terme de réalisation. C’est évident et je ne peux le nier. Savoir les efforts fournis par Christopher Nolan et son équipe pour réaliser certains plans force le respect. Ce dernier ne voulait quasiment aucun effet spécial à l’écran. Nous voyons donc des tonnes de figurants en tenue, des bateaux et avions d’époques … Nous sommes en 1940 et on y croit. Au niveau du respect des détails (il doit bien évidemment y avoir quelques exceptions qui causeront quelques ulcères aux passionnés de la seconde guerre mondiale, mais que voulez-vous … on ne peut pas satisfaire tout le monde) et du réalisme, je ne peux que lever mon chapeau métaphorique à toute l’équipe car ils ont fait un travail exceptionnel. Les moyens ont été mis pour nous offrir l’expérience la plus réaliste possible et la réalisation aux petits oignons de Christopher Nolan vient sublimer tout ça.

Au niveau de la vue, notre sens a de quoi être satisfait. Au niveau de l’ouïe, c’est pas mal du tout non plus. Le combo Nolan / Zimmer nous fournit toujours au moins un thème marquant par film et Dunkerque ne fait pas exception. Je ne pense pas retenir toute la bande-son car tout n’est pas remarquable, mais musicalement certains thèmes ressortiront et j’en écouterais sans doute certains pendant un petit moment. Les bruitages sont également impeccables. Nous vivons l’action avec les personnages. Nous sommes présents dans l’action et nous ressentons presque ce qu’ils vivent. L’expérience est totale.

 

En tout cas j’étais plus investi que cette enflure ! Pas le moment de rire tu vas mourir normalement ! … Sauf si tu es masochiste … Mais dans ce cas qu’on me l’explique bon sang !

 

Mon problème avec Dunkerque est que j’ai beau ressentir pleinement l’action et ce qui arrive aux personnages, je n’en ai absolument rien à faire. C’est peut-être une volonté de Nolan, je ne saurais le dire. Mais en tout cas c’est ce que j’ai ressenti tout du long : je me fous des personnages et de ce qui leur arrive. Certains personnages finissent sérieusement blessés ou meurent à l’écran ? Rien à cirer. Je n’ai retenu aucun nom d’aucun personnage. Le casting me semble correct et les acteurs ne jouent pas mal. Mais je me fous de leur personnage. Nous avons Tom Hardy et je l’aimais bien, mais parce qu’il s’agissait de Tom Hardy. C’est la seule chose que je peux vous dire sur lui, car après je ne peux rien dire sur son personnage. Les autres personnages c’est pareil.

Dunkerque se sépare en fait en 3 arcs : l’un centré sur un pilote, l’autre centré sur 3 jeunes soldats sur la plage de Dunkerque et le dernier sur des civils qui ont décidé d’aller d’eux-même rejoindre la plage pour récupérer des soldats. Aucun arc ne m’a intéressé. Aucun personnage ne m’a intéressé. Nous ne savons rien d’eux au début du film et nous n’en savons pas plus à la fin. Et on s’en fiche un petit peu. L’histoire est intéressante car le contexte historique est intéressant. Mais si je regarde ça non pas comme une reconstitution mais comme un pur produit filmique, dans ce cas l’histoire n’est pas vraiment intéressante. Pour ça, il y a pour moi 2 raisons. L’une des raisons est le manque de dialogue.

Dans certains films, cela fonctionne. Je pense notamment à La Planète des Singes : l’Affrontement (vivement Suprématie au passage, LE film que j’attends le plus cet été) qui a peu de dialogue avec les humains quand on y pense. Et c’était super dans ce film. Dans Dunkerque, qu’il y ait peu de dialogue ne me dérange pas. Mais quand aucun des dialogues ne participent à développer nos personnages, là ça me dérange un peu plus.

La seconde raison concerne le rythme de Dunkerque. Nous sommes dans l’action dès la première minute et cela continue jusqu’à la dernière minute. Cela pourrait ressembler à un point fort mais pour moi il était nécessaire d’avoir quelques moments « calmes » pour poser un peu l’action et nous permettre de souffler un peu. Mais ici, ça ne fait qu’enchainer de manière continue tout du long des 1h45 du film. Heureusement d’ailleurs qu’il ne dure pas plus car au bout d’un moment, je pense que je me serais sincèrement ennuyé devant le film. Non pas parce que cela traine, mais justement à cause de ce problème de rythme.

Pour être franc avec vous, je pense que je ne reverrais plus jamais ce film. Je l’ai vu dans les meilleures conditions possibles en terme d’expérience visuelle et sonore. Le revoir chez moi n’aurait donc pas grand intérêt. Et au delà de l’expérience, je ne sais pas vraiment si je peux vous conseiller Dunkerque. Si vous êtes passionnés d’histoire et que vous voulez voir quelque chose de réellement bien foutu en terme de reconstitution, dans ce cas oui, allez voir Dunkerque. Mais si vous vous attendez à un film comme Nolan nous en a fait jusque là, vous risquez d’être sérieusement déçus.

Je tire mon chapeau à Nolan pour sa prise de risque car il nous propose quelque chose de vraiment différent qui tranche avec ses précédents films. Et le pari est réussi car encore une fois je ne peux pas dire que ce film est mauvais ou raté. Le seul problème est qu’ici, ça n’était vraiment pas ma came. L’équilibre entre réalisme et divertissement tendait trop vers l’expérience et le réalisme et pas assez vers le divertissement et les codes du cinéma pour moi.


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3 commentaires sur “Critique : Dunkerque

  1. Salut !
    Alors avant de choisir un film je me suis dit : tient, et s’il j’allais lire la critique avant de voir un film ?
    Et bah ça m’attriste quand meme de lire que tu t’en fou complètement des personnages. Alors certes c’est qu’un film ! Mais c’est tiré d’une histoire vrai. Des hommes qui se sont battus pour nous. Et je trouve ça dégradant de parler comme ca des « personnages ». Alors peut être que tu parlais que du film en tant que tel mais quand même… Je trouve ça un peu blessant de ta part en parlant comme ca des soldats qui sont morts sur cette plage.
    Après je me doute que tu pense pas du mal des personnes réels. Mais c’est personnages du film reprennent les personnes qui étaient réelles…
    Fin bref. Je trouve ça dommage que tu es sorti « ca » sur un film de guerre. Surtout sur la seconde guerre mondiale…

    1. Hey Mister Arnaud ! Tout d’abord merci de laisser un commentaire, ça fait toujours plaisir. Et surtout ça change de la chiée de robots qui lâchent des commentaires en russe à longueur de journée …

      Néanmoins je ne comprends pas trop le point que tu veux faire. Évidemment que j’ai du respect pour les personnes dans la vraie vie qui se sont battus et qui continuent de se battre encore aujourd’hui. Mais nous sommes dans le cadre du film. Tiré d’une histoire vraie ne le rend pas intouchable sur ce point. Et je suis presque certain que les personnages de Dunkerque ne sont pas tirés de personnages réels.

      Et si c’est le cas, ça ne les rend pas intéressant pour autant. Il suffit de comparer avec un autre film sur la seconde guerre mondiale : Il faut sauver le soldat Ryan. Le premier quart d’heure est magistral mais il est encore impossible de s’identifier aux personnages qui se font massacrer (si ce n’est Tom Hanks mais on s’attache à lui parce que c’est Tom Hanks vu que dans le film il n’a pour le moment rien fait). Mais au fur et à mesure que le film avance, là je m’identifie à eux, là j’en apprends plus sur eux ce qui rend leur éventuelle mort bien plus marquante derrière.

      Dans Dunkerque, à aucun moment on peut s’identifier aux personnages. C’est sans doute souhaité par Nolan qui ne se fait pas chier un seul instant à placer du dialogue pour qu’ils expliquent un peu plus qui ils sont. Mais malgré qu’il s’agisse d’un choix de réalisation, pour moi ça ne rend pas le choix judicieux pour autant. La plupart des personnages qui meurent dans ce film ne peuvent pas m’affecter étant donné que je ne sais rien d’eux, je ne sais pas qui ils sont.

      Encore une fois, rien à voir avec les vrais événements. Mais en tant que film, ce que je vois ce sont des personnages qui n’ont pas d’identité alors qu’on passe la majorité du temps avec eux. J’adore Tom Hardy, mais qu’est-ce que tu veux que je dise sur son personnage dans le film ? C’est un pilote. Voilà. Son avion se serait crashé, je ne pourrais pas prétendre être affecté vu que je ne sais rien sur lui.

      Et c’est pareil pour les autres personnages. Je ne veux pas blesser les vraies personnes. Je veux blesser Nolan pour justement ne pas avoir fait le moindre effort pour qu’on s’investisse dans le film. On est investit d’un point de vue sensoriel. On ne l’est pas du tout d’un point de vue émotionnel.

  2. Je vais avoir une réponse subjective. Pour le coup, je l’ai vu dans des conditions classiques (disons salle d’un « petit » cinoche de centre-ville) – sans les macarons donc. Chez moi, le film a fonctionné du début à la fin, même au niveau de l’empathie vis-à-vis des personnages (on pourrait s’en parler en MP). Je pense que Nolan nous montre là des trajectoires d’hommes « communs », à l’opposé des héros usuels mythologiques (voir par exemple Pearl Harbor ou « comment on arrive à gagner à la fin avec des beaux gosses trop forts tout en ayant pris une branlée ? Ah et oui y la p’tite amie aussi … »). Ils sont livrés à eux-mêmes et ils font comme ils peuvent. En cela, j’ai trouvé des points communs avec Interstellar … Qui sont-ils ces soldats ? Quelle place y a-t-il pour leur (nos) petite(s) vie(s) dans un tel contexte ? … En tout cas c’est un point de vue rare dans un film de guerre (il y en a d’autres, pareil en MP). Pour ma part, je le reverrai, et pourtant je ne suis pas particulièrement fan de film sur la WW2 (mais d’Interstellar et Memento … oui).

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