Black Sabbath – 13

– Dis Papy Youri, est-ce que tu connais Black Sabbath?

– C’te question si je connais Black Sabbath. C’était un de mes groupes préférés quand j’étais jeune. Je les ai même vu en concert. Mais comment tu as entendu parlé de ce groupe petit morveux?

– Bah à force de traîner sur les sites Internet de metal, j’en ai entendu parlé, mais comme si c’était un mythe, une légende… Tout le monde parle d’eux comme les fondateurs du heavy, du doom, du thrash.

– Et ils ont raison. Black Sabbath a vraiment existé. Mais cette période dont tu parles, ce n’était que le début de leur carrière. J’ai découvert ce groupe bien après toutes leurs sorties d’album. Je suis né en 1992, leur dernier datait de 1995, bien avant mes premiers émois métalliques.

– Mais du coup, même pour toi, Black Sabbath c’était une légende.

– Certes. Mais en partie vivante. Les membres premiers du groupe n’étaient pas morts, ils continuaient leurs projets personnels. Jusqu’à cette fameuse date…

– Quelle date Papy? Raconte nous tout !!!

P.S. : toute ressemblance entre cette intro et certaines vidéos d’un certain chroniqueur de certains jeux vidéos est une pure coïncidence.

 

Pour cette chronique, imaginez que je prend la voix d’un vieux monsieur, qui prend un air mystérieux et raconte une guerre. Mais pas n’importe laquelle. La guerre mondiale de 78.

 

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J’ai rarement eu autant de mal à me faire un avis sur un album. Même après plusieurs écoutes, je n’ai pas d’avis tranché sur 13, dernier album de Black Sabbath. Peut-être qu’il est mauvais, mais que mon amour pour ce groupe me pousse à ne pas ouvrir les yeux. Ou alors l’attente qu’il a suscité a été trop forte, et que je suis soit déçu, soit que je n’ai pas de recul suffisant pour juger cet album. Faut dire que je l’ai attendu cet album. Un an et demi depuis la reformation du line up original (Ozzy Osbourne au chant, Tony Iommi à la guitare, Geezer Butler à la basse et Bill Ward à la batterie), le 11 novembre 2011. 18 ans depuis le dernier, Forbidden. Et 35 ans depuis le dernier album avec Ozzy, Never Say Die! (prophétique en plus).

Tout métalleux a rêvé un jour ou l’autre d’une reformation du Sabbath originel. Certes, le line-up de la période Dio tournait sous le nom Heaven & Hell. Mais ce n’était pas tout à fait Sabbath, celui qui nous faisait frissonner sur des chansons telles que Black Sabbath, War Pigs, Iron Man ; qui nous faisait taper du pied sur N.I.B., Paranoid, Children Of The Grave ; ou qui nous entraînait sur des délires, comme Symptom Of The Universe (la fin de la chanson, le début étant d’une noirceur apocalyptique), ou Sabbath Bloody Sabbath. On voulait que ce Sabbath là nous refasse un album, peu importe s’il est le dernier des derniers que sortira le groupe. On veut la preuve qu’ils n’ont pas encore tout dit.

Cette reformation, elle commence enfin à se préciser à l’été 2011. Tony Iommi se serait remis à bosser, après la pause qui avait suivi la mort de Dio en 2010. Il engueulera même un journaliste qui voulait en parler (saloperie de liberté de la presse !!!). Un message apparaît ensuite sur le site des compères de Birmingham. Enfin, un chiffre. Le 11. Le petit monde du métal s’affole. Que se trame t-il pour le 11/11/11 ? Évidemment, tout le monde sait ce que ça va être. Le groupe se reforme, pour de bon selon eux, et annonce un nouvel album et une tournée pour 2012 (mon billet Hellfest, c’était pour eux). Mais en janvier 2012, coup de tonnerre : Tony Iommi est atteint d’un lymphome. Le groupe annule sa tournée (les shows sont remplacés par des concerts d’Ozzy, intitulés Ozzy and Friends, qui passe donc par le Hellfest. C’était pas très glorieux, et pas suffisant). Et en février, c’est Bill Ward qui annonce qu’il quitte le projet, à cause d’un problème de contrat selon lui. C’était pour lui que s’était cristallisé les doutes au début, car il n’avait plus d’activité musicale depuis bien longtemps, son départ n’est qu’une demi-surprise. Le groupe maintient tout de même l’album, et 3 dates, afin de tester les capacités du groupe. Les concerts se feront avec Tommy Clufetos, batteur d’Ozzy en solo, et se passeront très bien, et permettent à Tony de retrouver de bonnes sensations scéniques. Et l’enregistrement de l’album s’est poursuivi jusqu’en janvier 2013, avec Brad Wilk de Rage Against The Machine à la batterie, et Rick Rubin à la production. Ce dernier les aurait d’ailleurs fait s’asseoir dans une pièce, et leur aurait dit (en gros hein, j’étais pas dans la pièce) : « Repensez à l’état d’esprit que vous aviez en 1969, lorsque vous écriviez vos premières chansons ». Mais 13 n’est-il alors qu’une pâle copie des premiers opus de Sabbath (vous avez 4h) ?

 

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– On a beau être les pères du heavy metal et avoir l’air de parrains sur cette photo, on flippe notre race des réactions des fans !!!

 

On y retrouve bien des similitudes en effet. A commencer par la guitare de Iommi, master des riffs géniaux. Il ne pouvait pas se louper, et il ne l’a pas fait. Le riff de Age Of Reason. Ou alors celui de la fin de God Is Dead ?. De très grands moments. Les soli (c’est le pluriel de solo, ce n’est pas une erreur) également, tout en délicatesse (Zeilgeist), ou bien énervés (Live Forever). Son cancer lui a certainement donné l’envie de se surpasser, d’offrir aux auditeurs leur dose de riffs lourds et de soli. C’est du Iommi des grands jours.

Bon point pour Ozzy aussi (essayez de prononcer « Ozzy aussi » le plus vite possible. Vous verrez c’est galère). Il ne pousse pas sa voix comme sur ses derniers albums solo, et c’est tant mieux. Au moins il sera capable de chanter les chansons sur scène. De la sobriété. Il fallait bien ça après la dernière décennie (qui a commencé avec la télé-réalité The Osbournes *part vomir*).

Par contre pour Geezer Butler, c’est pas tout rose. Il ne se montre pas aussi inventif qu’à l’époque, se contentant la plupart du temps d’aligner ses lignes de basse sur les lignes de guitare. Bon il y inclut quelques chtouilles de variations, mais pas de quoi crier au génie, surtout pour un musicien qui en a inspiré tant d’autres (genre Harris de Maiden, genre pas un pied quoi). Et en plus son son est un peu noyé dans les parties de guitares, donc il est parfois peu audible. Dommage. Par contre, il signe son retour à l’écriture des paroles, et là c’est du tout bon, on retrouve les thèmes de prédilection du Sabb’, avec la mort, la menace nucléaire, les guerres, la science-fiction, etc (« ah bah ça c’est cool » comme dirait l’autre).

Quant à Brad Wilk, il remplit bien son rôle, il soutient sans problème la charpente du groupe. Il ne se lance pas dans des parties de ouf, mais fait son taf d’un bout à l’autre, et c’est bien ce qu’on lui demande non? A noter qu’en live, on retrouvera Tommy Clufetos. Tant mieux, parce que ses soli sont d’une beauté et d’une puissance…

En tout cas, au niveau de l’interprétation, tout s’annonce bien pour la tournée qui démarrera en novembre (même pour Geezer, c’est pas parce qu’il est bof sur l’album que ses capacités changent et qu’il foirera la tournée).

 

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Juste le fait de voir une image avec ces deux là sur scène… Ça me fait tout bizarre dans mon pantalon !

 

Qu’en est-il de la production alors ? Elle est plutôt bonne, équilibrée. Elle met des effets sur la voix d’Ozzy quand il en faut, n’en met pas quand ce n’est pas nécessaire. Les guitares de Tony sont bien présentes, la basse, même parfois masquée, rempli bien son rôle, au côté de la batterie, parfaitement mixée. Certains critiquent le son de la basse, trop éloigné du son original des premiers albums. Perso ça ne me gène pas du tout, même si j’aurais effectivement aimé qu’il soit plus audible et moins ronflant. Bon, si le problème ne vient pas de l’interprétation et de la production, alors d’où vient cet arrière goût que laisse l’album ? Des compositions en fait. La première moitié de l’album est très bonne. End Of The Beginning, malgré le fait qu’elle soit un peu longue et qu’elle ressemble pas mal à la chanson Black Sabbath, se démarque bien sur la fin de son illustre ancêtre. God Is Dead ? est clairement la meilleure chanson de l’album, avec cette ambiance si particulière. Pas étonnant que le groupe l’ai choisi comme single de promotion. Loner est fort sympathique, se rapprochant plus de compos des périodes Black Sabbath Vol. 4, Sabbath Bloody Sabbath et Sabotage. Enfin, Zeilgeist se rapproche des chansons Planet Caravan et Solitude, et se pose en complémentaire, en synthèse de ces 2 chansons.

C’est malheureusement la deuxième moitié de l’album qui vient un peu gâcher le tableau. Non pas que les compos soient mauvaises, loin de là (les riffs sont toujours très bons, les soli également). Mais elles se ressemblent trop. Même après plusieurs écoutes, on se dit : « Merde, c’est quoi déjà le titre de celle là ? » ou encore : « Quelle est la progression de la chanson déjà, c’est quoi le riff qui vient ensuite ? ». Et puis elles sont longuettes ces chansons. Le résultat est un peu indigeste, et on a du mal à écouter l’album d’un bout à l’autre. Attention, je le redis, les compos ne sont pas mauvaises, mais mal fignolées. Ça se voit notamment sur les fins de chansons qui ne sont pas, mais alors pas du tout travaillées. Ça paraît toujours brutal, et souvent sans rapport avec le reste de la chanson. Sauf pour la fin de Dear Father. Génialissime. Il y a une dernière note. Et sur le temps suivant, parfaitement raccord, un coup de tonnerre, puis la pluie et la cloche, celles là même qui ouvraient l’album Black Sabbath. Que dire de plus, sinon qu’à l’époque c’était une ouverture d’album idéale, et que là c’est une clôture d’album idéale ?

Conclusion : 13 est un bon album du Sabb’, même si je comprend certaines critiques, qui en attendait plus après 18 ans d’attente. C’est vrai que la deuxième moitié laisse un goût d’inachevé, mais ce n’est pas catastrophique pour autant. En tous cas, il augure une nouvelle ère pour le groupe, et il nous laisse espérer une suite, qui espérons le, sera encore meilleure. Et rendez-vous le 2 décembre à Bercy, pour un show qui s’annonce d’ores et déjà mythique, parce que quand on voit les setlists des concerts australiens et néo-zélandais, on ne peut que baver…

 

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Ça  c’est Rick Rubin. N’empêche, il ressemble vachement à Greil quand il se déguise en Père Noël et qu’il attire des enfants dans son « atelier »

 

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