[Critique] A Beautiful Day

Comme quoi, parfois certains festivals de cinéma très médiatisés ont de l’intérêt. Car sans les excellents retours que le film a obtenu lors du festival de Cannes dernier, je n’en aurais sans doute pas trop entendu parler. Pour tout vous dire, je ne connaissais même pas la réalisatrice Lynne Ramsay avant ce film. Je n’ai rien vu de sa carrière précédemment alors que j’ai vu après quelques secondes de recherche qu’elle faisait déjà de nombreux courts-métrages depuis 1996.

La seule chose connue : Joaquin Phoenix joue dedans. Et c’est limite la seule raison qu’il me fallait pour aller voir ce film en premier lieu. Mais sans le tapage des critiques sur le film, je l’aurais sans doute vu bien après sa période au cinéma.

Bref, arrêtons de tourner autour du pot plus longtemps et entrons dans le vif du sujet : c’est la critique de A Beautiful Day. Et c’est une adaptation d’un roman (Tu n’as jamais vraiment été là de Jonathan Ames pour les curieux) donc je vais tout de suite me débarrasser des politesses en vigueur : je n’ai pas lu l’oeuvre originale, et même si je l’avais fait je n’en parlerais pas. Je ne me concentre que sur ce que le film nous offre en tant que film et non pas en tant qu’adaptation. Voilà, maintenant passons vraiment aux choses sérieuses.

 

 

Je sais que vous venez tout juste de lire qu’on entrait dans le vif du sujet, mais j’ai besoin de vous parler d’un détail que je trouve très important. Je suis désolé de jouer avec vos attentes comme ça, je vous assure que j’ai très envie de vous parler du film. Mais ce n’est pas pour rien que je fais cet ultime petit détour avant de reprendre la route de la critique.

Cette affiche me pose un sacré problème. Alors, évidemment aujourd’hui le film a plusieurs affiches. Mais j’habite en région parisienne et c’est cette affiche que je vois surtout pour le film. Que ça soit au cinéma, sur les bus ou dans les couloirs du métro. Le titre du film est moins mis en avant que la comparaison à Taxi Driver faite par The Times. Je comprends l’intérêt de mettre des citations sur l’affiche d’un film pour donner envie au spectateur lambda. Mais quand les citations prennent plus de place que le titre du film lui-même, ça me pose un sérieux problème. Surtout dans le cas d’une comparaison avec un autre film ! J’aurais bien aimé qu’on parle du film en lui-même, plutôt que de mettre en avant une comparaison. Même si la comparaison en question est on ne peut plus justifiée (j’y reviens dans quelques lignes).

Surtout qu’après être sorti de la salle, la façon dont A Beautiful Day nous délivre son histoire est tellement plus subtile que ça que limite l’affiche fait tâche. Bref, ce n’est qu’une affiche mais je trouve que ça compte.

 

Joaquin Phoenix attendant que l’article en arrive enfin au point.

 

A Beautiful Day nous raconte l’histoire de Joe, un vétéran brisé par une vie d’horreurs. Il est un tueur à gage particulièrement violent dont l’arme de prédiction est le marteau. Il se voit confier une mission qui va vite l’amener dans une terrible spirale liée à un énorme trafic pédophile qui va pousser Joe dans ses derniers retranchements physiques mais surtout mentales.

Alors oui, même si je m’en plains sur l’affiche … La comparaison avec Taxi Driver est inévitable. Nous sommes face à un personnage brisé, la violence du film est présente mais n’en est jamais le centre. Et la volonté de sauver une jeune fille nous fait forcément penser à la volonté de Travis Bickle de sauver la jeune Iris. En terme d’histoire pure, les ressemblances sont là. Mais je peux vous l’assurer : A Beautiful Day n’est pas qu’une simple copie.

Je n’emploie pas souvent le terme « coup de coeur » sur le blog. C’est un terme que je trouve trop utilisé aujourd’hui, lui faisant perdre de sa valeur. Mais aujourd’hui je ne vois pas trop ce que je peux dire d’autre : ce film est un vrai coup de coeur. Ce n’est pas une claque, c’est un uppercut. Le film traite des sujets très violents, mais il s’agit avant toute chose du portrait d’un homme brisé par la guerre mais aussi ses relations parentales. Portrait volontairement flou.

Pour moi c’est l’un des gros points forts du film et j’aimerais tirer mon chapeau métaphorique à Lynne Ramsay (elle est aussi la scénariste du film). Le film ne nous explique quasiment rien, il nous offre simplement les clés pour comprendre l’homme sans entrer dans des flashbacks inutiles. Bon nombre de scénaristes nous auraient trop expliqué son histoire, enlevant du mystère. Ici, grâce à son montage absolument divin, nous avons simplement des pièces du puzzle de l’esprit de Joe qui nous sont offerts mais c’est à nous de tout mettre en place.

 

 

Le film marche aussi bien grâce à l’interprétation de Joaquin Phoenix. Ce mec est tout simplement magique et nous offre sans doute une de ses meilleures prestations. Je pense que de tous les films que j’ai vu de sa carrière, c’est l’interprétation de l’acteur qui m’a le plus bluffé. Et tout est dans la subtilité encore une fois. Nous n’avons pas de grandes scènes où il va se mettre à surjouer pour attirer l’attention des oscars sur lui. Mais nous avons une vraie puissance de jeu. On comprend ce qu’il vit, et nous voyons que le personnage qu’il incarne est profondément fou.

Folie que le film montre avec brio grâce à son montage justement ! J’en ai parlé il y a quelques lignes mais j’aimerais revenir plus en détail dessus car en plus de Lynne Ramsay, j’aimerais aussi tirer mon chapeau à un homme dont le métier est parfois trop dans l’obscurité alors que leur rôle dans un film est absolument essentiel : le monteur Joe Bini. Si le mec n’est pas au moins nominé aux oscars pour son travail dans ce film, il va falloir sincèrement m’expliquer pourquoi. Bon sang que le montage du film est fou ! On enchaîne les séquences surréalistes et grandioses (appuyées par une musique discrète mais ô combien marquante) avec des petits détails ici et là qui font toute la différence. A Beautiful Day dans sa forme veut tout simplement être aussi fou que Joe.

La forme touche aussi la façon dont la violence est montrée. Tout comme le passé de Joe est raconté avec subtilité et de manière volontairement floue, la violence est extrêmement présente mais jamais réellement montrée. A Beautiful Day est non seulement un film qui excelle dans le non-dit, mais également dans le non-vu. Nous n’avons pas besoin de voir Joe éclater des crânes avec un marteau de manière incessante, mais nous voyons qu’il l’a fait. Et ça rend le film extrêmement violent car cela nous fait imaginer le tout. Et l’imagination est assez forte dans ce domaine il faut le reconnaître.

Bref, que dire de plus sincèrement ? Voir des comparaisons avec Taxi Driver me faisait avoir d’énormes attentes pour le film et pourtant, j’en suis ressorti écrasé. A Beautiful Day est un rouleau-compresseur. Le rythme n’est pas le plus rapide mais le film est tellement implacable grâce à son montage, à sa réalisation et à l’interprétation de Joaquin Phoenix qu’on en sort lessivé. Le coup de poing de cette fin d’année. Je ne peux que vous conseiller d’aller voir ce film au cinéma, vous ne le regretterez pas. Il ne perd pas une minute dans de vulgaires fioritures. Il dure en plus moins d’une heure et demie donc ça ne prendra pas énormément de votre temps. Temps que vous n’allez pas voir passer tant le film va vous maintenir accroché à votre siège.

Un bijoux.

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